Pourquoi les enfants sont-ils infatigables ?

mer, 05/23/2018 - 11:46 -- siteadmin

«Tu ne veux pas t'asseoir, juste cinq minutes ?» Si vous avez déjà prononcé cette phrase, c'est que vous êtes probablement le parent d'un enfant à l’énergie débordante. L’analyse de deux experts.

Samedi à 16 heures, après une séance de natation, une balade à trottinette, une session courses, puis un anniversaire, votre progéniture demande à aller faire du trampoline. Si vous rêvez d'une sieste, eux pourraient encore courir un semi-marathon. Comment expliquer qu'ils ne soient jamais fatigués ? Éléments de réponse avec Marie Lucas, psychologue pour enfants et adolescents, et le pédiatre Andreas Werner.

Lefigaro.fr/madame. - C’est une impression ou les enfants ne sont jamais fatigués ? Ils «couchent» n’importe quel parent ?
Marie Lucas. - Oui, c'est d'ailleurs inhérent à l'enfant.
Andreas Werner. - C'est une réalité, les enfants sont souvent bien moins fatigables que leurs parents. Mais tout dépend aussi des activités que ces derniers font avec eux. Si votre enfant se défoule durant la journée, il sera beaucoup plus fatigué le soir qu'un enfant qui aura passé sa journée le nez sur un écran, ou à ne se déplacer qu'en poussette alors qu'il est en âge de marcher.

Comment expliquer qu'ils aient autant d'énergie ?
M. L.- L'enfant, tout comme son cerveau, est en plein développement. Il travaille sa réceptivité, la partie sensorielle de son cerveau. Il a donc plus d'énergie, d'autant plus qu'il est en plein stade d'apprentissage. Son cerveau est neuf, il n'est donc pas pollué par les soucis. De plus, un enfant est mono-tâche. Lorsqu'il exécute une action, il ne pense à rien d'autre et ne s'éparpille pas. En étant concentré, son cerveau se repose et recharge ainsi ses batteries.
A. W.- C'est avant tout une question d'âge. Les enfants sont bien plus en forme et ont bien plus de forces que leurs parents, c'est physiologique.

Pourquoi est-ce différent chez les adultes ?
M. L.- Contrairement à l'enfant, l'adulte utilise l'émissivité plus que la réceptivité. Les adultes font souvent 10.000 choses à la fois, ou s'ils ne le font pas, ils y pensent en permanence, c'est pour cette raison qu'ils sont épuisés. À cela s'ajoute le stress et les soucis du quotidien. Une pollution quasi inexistante dans le cerveau des enfants.
A. W.- C'est aussi lié au fait que les adultes dorment moins qu'avant. Un phénomène dû aux écrans, véritable perturbateur pour leur sommeil. Ils ont donc plus de difficultés à s'endormir, contrairement aux enfants qui, s'ils se sont correctement défoulés dans la journée et vivent loin des écrans, doivent s'endormir facilement.

Cette surexcitation apparente de certains enfants traduit-elle quelque chose ?
M. L.- Il faut faire la différence entre surexcitation et «infatigabilité». Un enfant infatigable est normal, c'est même le signe qu'il est en bonne santé. En revanche, un enfant surexcité traduit plus un excès, voire un défaut. La surexcitation est souvent due à l'usage excessif des écrans ou alors elle est la preuve que l'enfant veut faire passer un message à ses parents en leur disant : «Regarde-moi, fais attention à moi».
A. W.- Si vous sous-entendez qu'il deviendra hyperactif, la réponse est non. Surexcitation comme infatigabilité sont liées à l'âge. Mais il est évident que si un enfant est surexcité au moment du coucher, c'est une façon de vous dire qu'il n'a pas suffisamment mis le nez dehors durant la journée.

Comment leur faire comprendre que nous, parents, avons besoin de repos à un moment donné ?
M. L.- Tout simplement en prenant le temps de leur expliquer. Il faut leur dire la vérité, les rassurer en leur disant que ce n'est pas parce qu'on ne joue pas avec eux qu'on ne pense plus à eux pour autant. Peu importe leur âge, il faut pouvoir en discuter avec eux.
A. W.- Je ne suis pas certain qu'expliquer quoi que ce soit à un enfant avant 6 ou 7 ans soit réellement fructueux. Avant 7 ans, l'âge de raison, l'enfant doit s'adapter à ce que ses parents lui dictent. Ce n'est qu'après cet âge qu'il est réellement en mesure de comprendre ce qu'on lui explique. Il faut arrêter de vouloir traiter les petits enfants comme des adultes.

Est-ce une bonne idée de tenter de les fatiguer volontairement ?
M. L.- Je ne pense pas que ce soit une solution. Un enfant qui s'est suffisamment dépensé durant la journée est censé être calme le soir. Le surcharger d'activités n'est pas non plus la solution, il faut avant tout tenter de comprendre ses besoins.
A. W.- En effet, un enfant est censé se fatiguer naturellement. Si ce n'est pas le cas, alors c'est aux parents de reprendre les bases. Plus d'activité physique, supprimer les écrans avant l'âge de 3 ans, et moins de sédentarité.

Certains parents peuvent craindre que leur enfant soit hyperactif. Comment faire la différence entre un enfant très en forme et un hyperactif ?
M. L.- L'hyperactivité est liée à un problème psychologique chez l'enfant, qui résulte d'un certain mal-être et d'une réelle souffrance. Un enfant hyperactif, trouble auquel s'ajoutent parfois des TOC, exprime son malaise. Ce qui n'a absolument rien à voir avec le fait qu'un enfant soit infatigable.
A. W.- De plus, aucun diagnostic quant à une possible hyperactivité ne peut être posé avant l'âge de 6 ans. Aussi, certains parents confondent immaturité et hyperactivité. Un enfant immature n'est pas capable de se poser, de se calmer, mais cela n'a rien à voir avec le fait qu'il soit hyperactif. C'est avant tout lié au fait qu'il n'est pas encore mature pour comprendre quand s'arrêter.

Source : Le Figaro

http://madame.lefigaro.fr/enfants/pourquoi-est-ce-que-mon-enfant-nest-jamais-fatigue-180518-148730