Mutilations génitales féminines, comment y mettre fin ?

mar, 02/12/2019 - 12:36 -- siteadmin

À l’occasion de la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines, Camille Romain des Boscs, directrice de Vision du Monde, réaffirme l’engagement de l’ONG pour la défense des droits fondamentaux des jeunes filles et des femmes.

Aujourd’hui, selon l’Organisation mondiale de la santé, on estime à plus de 200 millions le nombre de jeunes filles et de femmes, toujours en vie, qui ont été victimes de mutilations génitales. Ce chiffre met en évidence la violation des droits de l’enfant qui persiste encore partout dans le monde.

Les mutilations génitales féminines (MGF) sont aujourd’hui essentiellement concentrées dans trente pays d’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Asie. On considère toute intervention qui altère ou lèse intentionnellement les organes génitaux externes de la femme, pour des raisons non médicales, comme une MGF. Cela concerne la plupart du temps des jeunes filles entre l’enfance et l’âge de 15 ans. L’excision est la forme la plus répandue de MGF. Ces dernières sont réparties en quatre catégories. La clitoridectomie: ablation partielle ou totale du clitoris. L’excision: ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres et parfois des grandes lèvres. L’infibulation: rétrécissement de l’orifice vaginal en suturant ou en passant un anneau à travers les petites lèvres de la vulve. Une désinfibulation est généralement pratiquée avant le mariage. Les autres interventions: toutes les autres interventions néfastes au niveau des organes génitaux féminins à des fins non médicales.

Lames de rasoir et ciseaux

D’après les estimations, 90% des MGF sont des clitoridectomies ou des excisions, et près de 10 % des infibulations, cette dernière étant la forme entraînant les conséquences les plus graves. Les MGF ne présentent aucun avantage pour la santé. Au contraire, elles endommagent les tissus des organes génitaux et entravent le fonctionnement naturel de l’organisme féminin. De plus, les MGF sont très peu pratiquées par des professionnels de santé. Le plus souvent, les exciseuses traditionnelles utilisent des lames de rasoirs et des ciseaux sans anesthésiques. Cette pratique provoque un risque d’infection élevé et de nombreux risques obstétricaux.

Les MGF vont à l’encontre du droit à la santé, à la sécurité et à l’intégrité physique, du droit d’être protégé contre la torture et les traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que du droit à la vie lorsque celles-ci ont des conséquences mortelles. Reconnue comme véritable violation des droits de l’enfant, les Nations unies appellent depuis 2012 à intensifier les efforts mondiaux pour mettre fin à cette pratique.

Vision du Monde travaille au quotidien pour éliminer les MGF. Membre du réseau international World Vision, première ONG de parrainage d’enfants au monde, l’association œuvre dans de nombreux pays pour que chaque enfant puisse grandir dignement parmi les siens. Vision du Monde protège les enfants les plus vulnérables à travers des programmes de développement d’une quinzaine d’années en travaillant main dans la main avec les communautés locales. L’association intervient conjointement dans les domaines de l’accès à l’eau potable, l’alimentation, l’éducation et la santé. Son approche est basée sur le transfert de compétences pour permettre l’autonomie des communautés. À Baoulé, au Mali, Vision du Monde a mis en place de nombreux ateliers de sensibilisation, au sujet des risques que représentent les MGF, auprès des enfants, des jeunes adultes, des chefs communautaires et des enseignants d’école primaire. À Koodugu, en 2017, ce sont plus de 18 communautés maliennes qui ont été sensibilisées aux conséquences désastreuses des MGF sur la santé des jeunes femmes. Au Sénégal, les équipes de Vision du Monde agissent à Dabo dans la région de Kolda, où la quasi-totalité des filles et des femmes en sont encore victimes.

Au sein de nombreuses communautés, les MGF constituent une tradition culturelle importante qui ne doit en aucun cas être remise en cause, ni abandonnée. Il existe une réelle pression sociale qui incite à se conformer aux attentes d’une communauté. Les MGF sont souvent considérées comme une condition nécessaire à la bonne éducation d’une jeune fille en vue de son passage à l’âge adulte et de son mariage. Selon les croyances, cette pratique diminuerait le désir sexuel des femmes et préserverait donc la virginité. Certaines personnes associent les MGF à une idée de propreté hygiénique, esthétique et morale.

L’approche communautaire de Vision du Monde et le travail avec les équipes locales sont des facteurs de réussites clés dans l’accompagnement des populations vers l’abandon de la pratique des MGF. Dans les pays dans lesquels Vision du Monde intervient, les exciseuses sont formées à de nouvelles activités génératrices de revenus, afin de leur faire abandonner ces pratiques ancestrales si dévastatrices pour la santé des jeunes filles. L’association implique dans son travail de sensibilisation les grands-mères, exerçant une réelle influence auprès de leurs petites-filles, et parvient ainsi à faire reculer le nombre de MGF de façon durable. Une pratique qui n’est donc pas inéluctable.

Source : Le Figaro

http://sante.lefigaro.fr/article/mutilations-genitales-feminines-comment-y-mettre-fin-/