Comment protéger nos enfants des prédateurs sexuels ?

mar, 05/08/2018 - 16:31 -- siteadmin

Le meurtre et le viol de la jeune Angélique ont suscité en France une vive émotion. Pour Agnès Cerighelli, afin d'éviter au maximum que de tels crimes se reproduisent, l'État ne doit pas se résigner à l'impuissance face aux prédateurs sexuels.

Face aux crimes sexuels, les mêmes commentaires reviennent, inlassablement, à chaque fait divers, comme un boomerang: il y a toujours eu des prédateurs, des violeurs d'enfants... On ne peut rien faire... C'est la fatalité et la petite Angélique est une victime parmi d'autres... Il faut l'accepter et aucune politique publique, quelle que soit sa fermeté, ne parviendra à endiguer le phénomène...

Cette impuissance politique, cette résignation institutionnelle, cet immobilisme avoué sont intolérables. La «culture du viol», selon le mot terrible de Marlène Schiappa, «l'eldorado des pédophiles» dénoncé par Marie Grimaud, avocate de l'association «Innocence en danger», doivent cesser. Les Français restent en attente de décisions et d'objectifs pour réduire drastiquement les actes pédophiles et cette aspiration est parfaitement légitime. Quelles mesures mettre en oeuvre au plus vite? J'en vois cinq.

La première mesure concerne les 78 197 délinquants sexuels, enregistrés (en principe pendant vingt ans mais l'effacement est possible) dans le Fichier Judiciaire Automatisé des Auteurs d'Infractions Sexuelles ou Violentes (FIJAISV) créé en 2004 des suites de l'affaire Fourniret. Ils devraient se soumettre à une obligation de soin psychiatrique et non à un modeste suivi socio-judiciaire qui a prouvé son manque d'efficacité puisqu'un délinquant sur quatre récidive. Aux États-Unis, le fichier des délinquants sexuels est public. Pourquoi ne serait-il pas consultable en France, au moins par les élus locaux?

La seconde mesure porte sur la création d'un numéro vert, accessible «en cas de pulsion irrépressible» 24h sur 24 et 7j sur 7 sur le modèle imaginé par l'association «l'Ange bleu».

La troisième mesure propose de redéfinir l'âge de la majorité sexuelle qui pourrait être judicieusement fixé dans le strict respect de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant (ONU, 1989).

La quatrième mesure suggère une innovation, celle d'un principe irréfragable de culpabilité qui serait utilisé en cas de viol avéré sur mineur car il ne peut y avoir, face à de telles abjections, de circonstances atténuantes. À cet égard, ne serait-il pas plus logique que ce soit l'Unité Médico-Judiciaire (UMJ) qui accueille, en premier lieu, la victime de violences sexuelles et relève les preuves gynécologiques et psychiatriques du viol avant que celle-ci ne se rende au Commissariat de Police? Car aujourd'hui, elle ne peut s'y présenter qu'avec une réquisition délivrée par la police ou la gendarmerie. Or, sans un large faisceau d'arguments vérifiables, sans ce certificat médico-légal, le dépôt de plainte restera caduc. Quant à la sanction, elle doit être suffisamment lourde, connue et incompressible pour empêcher le passage à l'acte et sa récidive.

Enfin, il serait utile que la cinquième mesure soit axée sur l'information. La gravité et l'interdit d'un acte de pénétration sexuelle sur mineur doivent être dits, redits, gravés dans les mémoires et la loi. Il serait appréciable à cet égard que l'exécutif s'engage fermement sur le sujet car l'enfant est, par sa vulnérabilité, ce qu'il y a de plus précieux et de plus sacré. Une société qui humilie et violente ses enfants est indigne et inhumaine.

En dernier lieu, la création d'un Secrétariat d'État à l'Enfance apporterait une preuve tangible de l'importance que le gouvernement accorde à la question des enfants. Ils représentent 22 % de la population française. Ils ont droit à un ou une Ministre qui soit, à la fois et en même temps, leur voix, leur protectrice et leur ambassadrice.

Source: Le Figaro

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/05/03/31003-20180503ARTFIG00145-comment-proteger-nos-enfants-des-predateurs-sexuels.php