Bébés prématurés: un cordon numérique pour garder le lien avec les parents

mer, 05/03/2017 - 21:10 -- siteadmin

Au CHU de Bordeaux, les femmes qui ont accouché d’un enfant prématuré peuvent désormais le voir régulièrement grâce à des vidéos envoyées par l’équipe médicale. Un moyen de lutter contre le traumatisme de la séparation.

16 petites webcams ont été installées au-dessus des lits des enfants prématurés au service de néonatologie de Bordeaux depuis janvier 2017. Le but? Envoyer des vidéos des nouveau-nés aux parents afin d’éviter le traumatisme psychique que peut entraîner la séparation entre la mère et l’enfant au moment de la naissance.

Ce système, appelé «cordon numérique» et utilisé par le personnel soignant du service est une initiative conjointe du CHU de Bordeaux, de l’Association Aquitaine Destination et de la société Hopen Project, qui vise à garder le lien visuel et affectif des parents vers l’enfant.

«Cet outil n’est pas un gadget et il répond à besoin d’atténuer le traumatisme de la séparation souvent brutale entre le bébé et sa famille au moment de l’accouchement», explique au Figaro le Docteur Jean Sarlangue, responsable de l’Unité de néonatologie de l’hôpital des enfants du CHU de Bordeaux.

Ne pas «louper le début du film de la vie»

Car le service de néonatologie accueille des nouveau-nés nécessitant des soins médicaux et donc souvent séparés des parents à la naissance. Avant la mise en place de ce système, les parents ne pouvaient attendre qu’angoissés le retour de leur enfant.

«Je me souviens d’une maman venant de Dordogne qui est arrivée en hélicoptère, et qui s’est réveillée 8 jours après son accouchement, sans ses deux jumelles qui avaient été emmenées pour recevoir des soins», raconte le Docteur Sarlangue. «Elle m’a dit qu’elle avait loupé le début du film de la vie de ses enfants»

Au CHU de Bordeaux sont accueillies des familles de toute la région Nouvelle Aquitaine. En moyenne 50% des familles des enfants présents dans l’unité sont domiciliées hors de Bordeaux Métropole, à plus de 50km, voire même en dehors de la Gironde. Et la durée de séjour des enfants peut varier de quelques jours à plusieurs mois.

Montrer des «tranches de vie»

Aujourd’hui, 16 lits sur les 27 que compte le service sont équipés par ce nouveau système unique en France. Pour les 11 derniers, «ce sont des lits où les parents peuvent rester auprès de leurs enfants la nuit, donc ils ne nécessitent pas ce dispositif», souligne le Dr Sarlangue.

Le lit de l’enfant est scruté en permanence par l’œil électronique de la caméra, dont les données sont centralisées sur le bbWall, un écran de contrôle installé dans le bureau du cadre de santé. Le personnel médical sélectionne des images qu’il envoie ensuite aux parents, via une plateforme sécurisée.

«Il ne s’agit ni d’une surveillance en continue, ni de montrer à la maman quand son bébé a un coup de mou. Nous enregistrons des séquences de 30 secondes en moyenne, c’est-à-dire des «tranches de vie» du bébé, qui gigote un peu, ou qui dort. Le but est de recréer le lien entre la famille et l’enfant», souligne le Dr Sarlangue, qui ajoute que toutes les vidéos sont détruites après le départ du nourrisson de l’hôpital.

Un projet qui a 10 ans

Mais alors pourquoi personne n’y a pensé avant? L’idée a germé dans l’esprit de Benat Cazenave, le président de l’Association Aquitaine Destination, lorsqu’il a rencontré Roseline Roux, une cadre de santé dans l’unité de néonatologie du CHU de Bordeaux en 2001. «Munie d’un appareil photo «polaroïd», elle m’explique que la photo du bébé prématuré qu’elle vient de prendre est destinée à la maman, séparée de sa progéniture, mais que cette compensation affective est très insuffisante», raconte Benat Cazenave.

De cet échange naît l’idée de proposer un premier système de visiocommunication. «Cela fait 10 ans que nous avions commencé à relier le service de la maternité au service de néonatologie avec une webcam. Mais cela ne pouvait se faire que d’un service à l’autre et cela nécessitait du temps et du personnel pour déclencher la caméra ou prévenir la maman pour qu’elle ouvre l’ordinateur», explique le Dr Sarlangue. Grâce aux progrès technologiques, il a été possible pour l’Association Aquitaine Destination de monter, en partenariat avec la société technologique Hopen Project, ce nouveau service gratuit.

Depuis la mise en place en janvier 2017, environ 40 familles ont pu bénéficier de cette plateforme, qui a été entièrement financée par l’Association Aquitaine Destination à hauteur de 100.000 euros. Chaque année, le CHU de Bordeaux accueille en moyenne 5.300 naissances. Dans l’unité de néonatologie, 2/3 des enfants sont prématurés et 1/3 sont nés à terme et hospitalisés pour des pathologies justifiant leur prise en charge médicale et/ou chirurgicale.

Source : Le Figaro

http://sante.lefigaro.fr/article/bebes-prematures-un-cordon-numerique-pour-garder-le-lien-avec-les-parents